jeudi 31 octobre 2013

Les sorciers du Carroi de Marlou. Un procès de sorcellerie en Berry.


Dans l'Berry on n'a pas de pétrole, mais on a des sorciers.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Berry est une terre de sorciers, birettes [1] et autres meneurs de loups. Le musée de la sorcellerie est d'ailleurs l'un des lieux les plus visités du département du Cher.
Concernant la sorcellerie, une affaire en particulier est célèbre dans le Sancerrois, celle du "Carroi de Marlou" [2] situé au-dessus du village de Bué.

Habituellement les pièces des procès en sorcellerie n'étaient pas conservées ... mais celles de cette affaire l'ont été ! Et ont été publiées sous forme d'un ouvrage il y a quelques années [3]. Le dossier  reproduit  les dépositions, interrogatoires, confrontations, et les témoignages sur les possessions, le sabbat ...

L'affaire du carroir de Marloup

Je ne vais pas reprendre ici toute l'histoire racontée dans le procès, mais la description de quelques protagonistes et des principaux faits.

Celui par qui l'affaire arrive à partir de l'automne 1582 est Bernard GIRAULT (homonyme de mon beau-père). Un sorcier, Jehan TABOURDET, l'aurait possédé en faisant venir à lui par l'intermédiaire de son cousin, une petite bête noire (une sorte de taupe sans pied ni poils et de la grosseur d'un sabot) qui lui demande de renoncer à Dieu. Différentes séances d'exorcisme auront lieu, puis un procès à partir du 21 décembre. Celui-ci s'appuiera sur les dires du jeune homme, de voisins des prétendus sorciers et des dépositions des accusés. Pas moins de cent soixante personnes seront citées ou interviendront directement dans le procès. Le tout sur fond d'ensorcellement d'enfants ou d'animaux, de maladies.

Revenons un peu à nos sorciers.

Jehan TABOURDET, dit des Berthilles aurait rencontré le diable à de multiples reprises et assisté au sabbat. Un soir en revenant de Neuilly en Sancerre, au Bec d'Assiette, il rencontre un homme habillé de noir qui le tente ; ce n'est autre que le diable. Cinq ans plus tard celui-ci revient frapper à sa porte, et l'emmène au Carroi de Marloup où se tient le sabbat avec cinq ou six personnes, mais il n'y prendra pas part. Il rencontrera ensuite à de multiples reprises le diable et ira au moins une fois par an au sabbat.


Le Bec d'Assiette de nos jours. Source : google streetview


Un autre protagoniste est CAHOUET, connu comme sorcier et meneur de loup. Un certain Loys FROU racontera qu'après avoir refusé de rester souper chez lui, il fut contraint d'y retourner à cause de mille loups lui barrant la route. Durant le procès il niera tout ce qui lui est reproché.

Le diable apparaît sous différentes formes : souvent sous forme d'un cavalier noir, ou bien un chat noir, un cheval noir.

Le fameux sabbat y est décrit : on danse à l'envers, il y a des chandelles noires, on adore le derrière du diable sous la form d'un  homme en noir. Il s'y passe des choses non racontables ici entre sorciers et sorcières, voire avec le diable. Souvent à la fin, le diable donne des poudres aux participants, qui auraient la particularité de faire mourrir.


Le croisement du carroir de Marloup de nos jours. Source : google streetview

Extrait de l'interrogatoire de Joachim GIRAULT, dit le bossu de la Brosse



[…] Fut lors porté au sabat au carroy de Marlou où il adora le diable en forme d’homme noir, luy baisa le derrière comme les autres qui y estroient, dansa avec eulx, et apres la danse le diable leur maistre, qui se disoict avoir nom Chevau, eut accointance charnelle avec la femme de François Macé de Chavernolet, et chascung d’eulx après lui [...]
 

A l'issue du procès, cinq hommes seront pendus et étranglés puis leur cadavre brûlé. Une sorcière présumée est retrouvée pendue en prison, son corps sera brûlé. Exécuté au carroi de marloup, TABOURDET se rétractera.

Sur l'ouvrage

Il ne se contente pas de retranscrire les pièces du procès. Chronologie, cartes, lexiques, liste des noms de personnes et des lieux qui permettent de s'y retrouver plus facilement au milieu de tous ces personnages. A la suite du texte, se trouvent différents études sur l'histoire locale, le procès, les stratégies de l'accusation ou encore les sorciers d'hier et d'aujourd'hui.



[1] Sorte de spectre en chemise
[2] Carrefour des mauvais loups
[2] Les sorciers du Carroi de Marlou. Un procès de sorcellerie en Berry, 1582-1583. Nicole Jacques-Chaquin et Maxime Préaud. Editeur : Jérôme Millon, novembre 1998. Collection Atopia. 511 pages.

8 commentaires:

  1. Merci pour cet article Elodie que j'ai dévoré ! Les sorciers et sorcières du Poitou sont moins renommés mais nous avons quelques échantillons notables de noueurs d'aiguillette tout particulièrement ! Retrouver les lieux, les protagonistes, c'est notre plaisir de généalogiste, on n'aborde plus le carrefour de la même manière ;-)
    Bises.

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    1. Merci Gloria. Bonne nuit sur ton balai ;-)

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  2. Nous avons habité quelque temps près d'Aigurande, dans la campagne, et à deux cent mètres de la maison, il y avait un "monument" très bizarre à un carrefour. De jour, c'était amusant, mais on n'a jamais eu le courage d'aller voir les nuits de pleine lune ce qui s'y passait :) Merci Elodie pour cet article :)

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    1. Et oui le sabbat avait souvent lieu près des carrefours ...

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  3. Ces histoires de sorcellerie sont surprenantes... Et chaque région a son lot d'histoires...
    Beau travail, Elodie !
    Amitiés
    Evelyne

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    1. Merci Evelyne, la lecture du procès est vraiment passionnante !

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  4. Merci pour cet article très intéressant !
    Ces histoires de sorcellerie me passionnent toujours, j'aimerais bien en retrouver près des villages de mes ancêtres :-)
    Elise

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    1. Il devait certainement en exister, reste à en trouver la trace ...

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